Le retrait préventif et l'assurance-chômage

Étude de la problématique

Règle générale, lorsque vous recevez des prestations de la CSST à la suite d'un accident de travail, d'une maladie professionnelle ou encore d'un retrait préventif, vous ne pouvez pas recevoir en même temps des prestations d'assurance-chômage. Cependant, recevoir des prestations de CSST, selon les cas étudiés ci-dessous, peut prolonger soit votre période de référence, soit votre période de prestations.

Si vous n'avez pas une période active de prestations d'assurance-chômage.
(maladie, blessure ou retrait préventif)

Dans ce cas, lorsque vous déposerez votre demande de chômage, l'agent de DRHC doit vous accorder une prolongation de votre période de référence; ceci vous permettra de conserver votre droit initial aux prestations. Regardons le cas d'Émilie:
Émilie travaille depuis trois ans lorsqu'elle bénéficie d'un retrait préventif. Elle touche 37 semaines de CSST après quoi elle dépose une demande de prestations de maternité. Dans sa période de référence (52 dernières semaines), elle n'a que 525 heures (15 semaines de 35 heures) de travail assurable. Pour rencontrer les critères d'admissibilité (600 heures) aux prestations spéciales (maternité, parentale ou maladie), Émilie doit donc obtenir une prolongation de sa période de référence du nombre de semaines pour lesquelles elle n'a pu exercer un emploi assurable en raison de son retrait préventif.
La nouvelle période de référence d'Émilie s'étendra sur les 89 semaines (52 + 37) précédant sa demande de prestations de maternité. Dans cette période, elle a travaillé 1820 heures (52 x 35), ce qui lui permet d'être éligible aux prestations alors qu'avec 525 heures, elle n'y aurait pas eu droit.

Si vous avez une période active de prestations d'assurance-chômage.

Il s'agit ici des situations où une période initiale de prestations vous a été accordé moins de 52 semaines avant le début de votre retrait préventif. Dans ce cas, lorsque vous déposerez votre demande de prestations de maternité, l'agent de DRHC évaluera si vous pouvez bénéficier d'une prolongation de votre période de prestations.

ATTENTION !
Si vos prestations de la CSST représentent moins de 125% de vos prestations d'assurance-chômage, il est possible que vous puissiez recevoir simultanément de la CSST et de l'assurance-chômage auquel cas aucune prolongation ne vous sera accordée. Car, pour qu'il y ait prolongation de votre période de prestations, il faut que durant les semaines du retrait préventif aucune prestation de chômage ne vous soit payable.

Regardons le cas de Murielle:
Murielle occupe un emploi depuis 5 ans chez un employeur où elle subit à l'occasion des mises à pied temporaires (ex: industrie du vêtement, l'enseignement, la santé, le tourisme...). Elle s'est fait établir une période initiale de prestations en juillet dernier, au début d'une mise à pied qui a duré 7 semaines. Elle est rappelée au travail le 21 août et après 15 semaines, en raison de sa grossesse, elle est obligée de laisser son poste qui met sa sécurité et celle de l'enfant en danger. Son employeur ne pouvant la réaffecter à un autre poste, elle n'a d'autre choix que le retrait préventif via la CSST.

Le salaire brut de Murielle est de 750 $ par semaine, alors qu'elle touche un revenu net de 556 $. Ses allocations de CSST sont de 500 $ par semaine (556 x 90 %). L'été dernier, son taux de prestations de chômage était de 413 $ (750 x 55%), alors elle pouvait bénéficier d'un gain admissible de 103 $ (413 x 25 %). Bien qu'elle ne réclame pas de prestations de chômage pendant la durée de son retrait préventif, DRHC conclut qu'elle avait droit à 16 $ par semaine (413 +103 - 500) et refusera donc de prolonger sa période de prestations au delà de la fin juin, soit 52 semaines suivant le début de sa demande, le 2 juillet dernier. DRHC appuie son refus sur le fait que la prestataire ne peut prouver qu'elle n'avait pas droit à des prestations tout au long de son retrait préventif.

La durée prévue de son retrait préventif, qui a débuté le 4 décembre, est de 32 semaines puisque la naissance de l'enfant est attendue pour la mi-juillet. À ce moment, la période de prestations de chômage de Murielle aura déjà pris fin. Elle n'aura accumulé que 525 heures de travail assurable (15 x 35 heures) dans sa période de référence, alors que 600 heures sont exigées pour toucher des prestations spéciales (maternité, parentales ou maladie). Elle sera donc forcée de choisir entre retourner au travail dès la semaine suivant la naissance de son enfant ou de prendre, à ses frais, un congé afin de récupérer et de rester auprès de son nouveau-né.
Vous comprenez que le choix de Murielle sera très difficile à faire. Il est indécent de parler, ici, de «CHOIX» puisqu'elle est directement privée de son droit aux prestations de maternité et parentales.

Denis Poudrier
Mouvement des Chômeurs et
Chômeuses de l'Estrie (MCCE)
24 janvier 2001